Élie Fayet : la mémoire d’un santonnier marseillais
Publié le 24 Août 2026
Cher(e)s ami(e)s,
Il existe des santonniers dont le nom est resté célèbre, et puis il y a ceux dont les œuvres sont aujourd’hui recherchées par les collectionneurs alors que leur histoire reste encore relativement méconnue malgré leur évident talent.
Élie Fayet appartient à cette seconde catégorie.
Ses santons ont pourtant une personnalité bien à eux. La sculpture, les attitudes, la délicatesse de la peinture, les couleurs permettent de reconnaître une production qui mérite que l’on s’y attarde.
Après s'être exercé à une production de santons crus, il a fait le choix de les faire cuire.
Mais pour comprendre les santons Fayet, il faut aussi s’intéresser à l’homme, à son parcours et aux personnes qui ont contribué à lui transmettre leur savoir-faire.
D'Azille à Marseille
Élie Fayet, de son nom complet Élie Paul Henri Fayet, est né le 29 juin 1901 à Azille, dans l’Aude.
Il s’installe ensuite à Marseille. Dans les années 1930, il exerce comme contrôleur de tramway et travaille également comme mouleur dans l’atelier Pellegrini. (Source Jacques Lapierre).
C’est une étape importante dans son parcours. Avant de devenir santonnier, Fayet possède déjà une expérience du travail du moule et de la matière.
Collection personnelle
Ce dernier va créer ses propres personnages et ses propres moules. Il a reproduit fidèlement les santons de la crèche tout en y ajoutant pour certains sa touche personnelle.
La documentation consacrée aux anciens santonniers décrit ses créations comme très personnalisées, pouvant parfois s’éloigner des représentations les plus traditionnelles de la crèche provençale. L'auteur Régis Bertrand en fait mention dans son livre intitulé "Crèches et santons de Provence" au sujet d'une porteuse de cruches représentée avec des cheveux longs et une robe.
Des couleurs fabriquées par le santonnier lui-même
L’un des aspects les plus intéressants de la fabrication des santons Fayet concerne également la peinture.
Toujours selon Éliane Smiglio, Élie Fayet fabriquait lui-même ses couleurs. Il broyait les pigments à l’aide d’un broyeur en marbre, en utilisant de la gomme arabique comme liant.
Ce détail permet de mieux comprendre pourquoi la décoration de ses santons est si particulière.
Chez Fayet, cette préparation faisait donc partie intégrante de son travail de confection du santon, comme pour la plupart des anciens santonniers.
Et cela se voit.
La peinture de ses santons possède une grande délicatesse. Les couleurs sont travaillées avec soin et les petits détails des vêtements participent pleinement à l’expression du personnage.Le visage, les vêtements, les accessoires : rien ne semble avoir été considéré comme secondaire.
Collection personnelle
Les personnages de Fayet sont également intéressants par leurs attitudes.
Dans sa représentation du petit peuple, les personnages humbles sont souvent courbés, comme si leur corps racontait leur condition de vie et leur dur labeur.
Collection personnelle
Le curé, par exemple, est représenté avec une bonhomie naturelle et un double menton qui lui donne immédiatement une singularité.
Ce sont précisément ces petits détails qui font tout le charme des santons anciens.
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Certains personnages de Fayet sont aujourd’hui particulièrement intéressants parce qu’ils portent les traces d’une époque qui a disparu dans nos crèches modernes.
C’est notamment le cas du marchand de marrons et du vagabond qu'il représente avec une cigarette aux lèvres.
Élie Fayet a continué à travailler jusqu'à la fin de sa vie et, en 1980, alors qu’il se sentait malade, il a vendu une grande partie de ses moules à Éliane Smiglio.
Parmi ces moules figuraient notamment des séries de santons puces ainsi que des santons de 4 et de 8 cm.
Cette transmission est essentielle pour comprendre la continuité de certaines productions.
Les moules ne sont pas seulement des objets techniques. Ils sont aussi les témoins matériels d’une création. Leur passage d’un atelier à l’autre permet à certains modèles de continuer à exister alors même que leur créateur d’origine a disparu.
La tradition santonnière se transmet ainsi de main en main.
Élie Fayet disparaît le 17 juillet 1981 à La Tronche, à l’âge de 80 ans. Il est intéressant de noter que dans tous les ouvrages que j'ai pu compulser, on retrouve la date de 1980 pour l'année de son décès. Seul Jaques Lapierre a donné la bonne date. Les données de l'état civil que j'ai pu vérifier permettent de la confirmer.
Chaque santon possède une histoire. Il est important selon moi de faire une place à au moins un santon ancien dans chaque crèche que l'on est amené à confectionner à Noël. Cela permet d'établir une petite passerelle vers ceux qui les ont précédés, vers les métiers, les gestes et les savoir faire d'autrefois.
Si nous voulons continuer à donner tout son sens à la crèche et aux santons, nous devons aussi être les gardiens de la tradition et de la transmission aux générations futures.
Santounette
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